Comment comparer deux devis de rénovation sans se tromper ?
Recevoir plusieurs devis pour les mêmes travaux ne garantit pas que les offres soient réellement comparables.
Un devis à 62’000 CHF peut sembler plus intéressant qu’un devis à 71’000 CHF. Mais si le premier exclut la préparation des murs, l’évacuation des déchets, plusieurs fournitures et certaines reprises techniques, il peut finalement coûter davantage.
La bonne méthode consiste donc à comparer le contenu avant de comparer le total.
Pour une rénovation complète, il faut regarder précisément ce que chaque entreprise a compris du projet, ce qu’elle fournit, ce qu’elle exclut et comment seront traités les éventuels travaux supplémentaires.
Commencer par vérifier que les deux entreprises chiffrent exactement le même projet
C’est la base.
Imaginons que vous demandiez :
Rénovation complète d’un appartement de 75 m².
Cette phrase peut être interprétée de nombreuses manières.
Pour une entreprise, elle peut comprendre :
- peinture ;
- parquet ;
- nouvelle cuisine ;
- rénovation de la salle de bain.
Pour une autre, elle peut aussi intégrer :
- démolition ;
- évacuation ;
- modifications électriques ;
- plomberie ;
- cloisons ;
- protections ;
- nettoyage.
Les deux devis peuvent donc porter le même titre tout en couvrant des travaux différents.
Avant de regarder les prix, vérifiez que chaque entreprise a reçu la même liste de prestations.
Comparer les devis poste par poste
Pour une rénovation d’appartement, il est préférable que le devis sépare clairement les différents lots.
Par exemple :
- protections ;
- démolition ;
- évacuation ;
- cloisons ;
- plâtrerie ;
- peinture ;
- plomberie ;
- sanitaire ;
- électricité ;
- carrelage ;
- parquet ;
- menuiserie ;
- nettoyage.
Plus les postes sont détaillés, plus il devient facile de comprendre un écart de prix.
Un devis qui indique simplement :
Rénovation appartement : 68’000 CHF
donne très peu d’informations.
À l’inverse, une offre détaillée permet de savoir exactement où se situe la différence avec un concurrent.
Vérifier les quantités
Un écart de prix peut simplement venir d’un écart de métrés.
Exemple :
Une entreprise chiffre 180 m² de peinture.
Une autre en chiffre 240 m².
Avant de conclure que la seconde est plus chère, il faut comprendre pourquoi les quantités ne sont pas les mêmes.
Le problème peut venir :
- d’un oubli ;
- d’une mauvaise mesure ;
- d’un plafond non inclus ;
- d’une pièce oubliée ;
- d’une méthode de calcul différente.
Les quantités constituent donc l’un des premiers éléments à vérifier.
Regarder la préparation prévue
C’est particulièrement important pour la peinture, le carrelage et les sols.
Deux devis peuvent annoncer exactement la même finition tout en prévoyant des préparations totalement différentes.
Pour la peinture, un devis peut prévoir :
- protection ;
- ouverture des fissures ;
- rebouchage ;
- enduit ;
- ponçage ;
- impression ;
- couches de finition.
Un autre peut prévoir seulement :
- deux couches de peinture.
Le résultat attendu n’est pas le même.
La préparation représente souvent une part importante de la main-d’œuvre.
Un devis moins cher peut donc simplement supposer que le support est déjà prêt.
Vérifier ce qui est fourni par l’entreprise
Les fournitures peuvent représenter une part importante du budget.
Demandez clairement qui fournit :
- peinture ;
- carrelage ;
- parquet ;
- colle ;
- joints ;
- sanitaires ;
- robinetterie ;
- appareillage électrique ;
- plinthes ;
- consommables.
Un devis peut inclure les matériaux alors qu’un autre ne comprend que la main-d’œuvre.
Cela peut facilement créer plusieurs milliers de francs d’écart.
Il faut également regarder si un budget maximal est prévu pour certaines fournitures.
Par exemple :
Carrelage compris jusqu’à 50 CHF/m².
Cette information est beaucoup plus précise que :
Carrelage compris.
Vérifier les références des matériaux lorsque c’est important
Pour certains produits, le prix dépend énormément de la qualité.
Deux mentions comme :
parquet fourni
peuvent désigner des produits très différents.
Il peut donc être utile de préciser :
- marque ;
- gamme ;
- dimensions ;
- épaisseur ;
- finition ;
- référence.
Cela permet d’éviter que deux entreprises chiffrent chacune un produit différent tout en donnant l’impression de proposer la même prestation.
Regarder les exclusions
C’est souvent là que se cache la vraie différence entre deux offres.
Cherchez les mentions comme :
- non compris ;
- hors fourniture ;
- selon état du support ;
- en supplément ;
- à charge du client ;
- sous réserve ;
- sur devis complémentaire.
Une exclusion n’est pas nécessairement problématique.
Certaines choses sont réellement impossibles à chiffrer avant ouverture du chantier.
Mais le client doit savoir qu’elles existent.
Exemple :
Reprise du support après dépose non comprise.
Cette phrase peut être parfaitement justifiée si personne ne sait encore ce qui se trouve sous le sol.
En revanche, elle signifie qu’une partie du prix final reste inconnue.
Attention à l’évacuation des déchets
Dans un chantier de rénovation, il ne suffit pas de casser.
Il faut ensuite :
- trier ;
- descendre ;
- charger ;
- transporter ;
- éliminer.
Vérifiez donc si le devis comprend :
- sacs ou contenants ;
- manutention ;
- transport ;
- taxes ou frais d’élimination.
Une offre qui comprend la démolition mais pas l’évacuation n’est pas comparable à une offre qui prend en charge l’ensemble.
Vérifier les protections
Les protections sont également faciles à oublier.
Dans un appartement, il peut être nécessaire de protéger :
- parquet conservé ;
- fenêtres ;
- portes ;
- ascenseur ;
- cage d’escalier ;
- parties communes.
Ces opérations prennent du temps et utilisent des matériaux.
Si elles ne sont pas prévues, demandez qui devra les réaliser.
Comparer le nombre de couches et le niveau de finition
Pour la peinture, par exemple, une simple mention « peinture blanche » n’est pas suffisante.
Il est préférable de savoir si le devis prévoit :
- impression ;
- une ou deux couches de finition ;
- traitement particulier ;
- reprises ponctuelles ;
- préparation complète.
Même logique pour le parquet.
Une offre peut comprendre uniquement la pose.
Une autre peut comprendre :
- dépose ;
- préparation ;
- pose ;
- plinthes ;
- joints ;
- finitions.
Le prix doit toujours être rapproché du niveau réel de prestation.
Vérifier la TVA
En Suisse, le taux normal de TVA actuellement applicable est de 8,1 %. Estv
Il faut donc vérifier si les montants affichés sont :
- TVA comprise ;
- hors TVA ;
- ou si l’entreprise n’est pas assujettie selon sa situation.
Sur un devis important, la différence n’est pas négligeable.
Par exemple, comparer un prix TTC avec un prix hors taxe peut donner l’impression qu’une offre est nettement plus basse alors que les bases ne sont simplement pas les mêmes.
Devis approximatif ou prix forfaitaire : ce n’est pas la même chose
Il faut aussi regarder comment le prix est présenté.
La Fédération romande des consommateurs rappelle qu’un devis peut notamment être forfaitaire ou approximatif. Lorsqu’un prix est clairement convenu « au forfait » ou « en bloc », la logique n’est pas la même que lorsqu’une estimation mentionne une fourchette ou un montant approximatif. Fédération romande des consommateurs
Pour un devis approximatif, une variation peut exister selon les travaux réellement nécessaires.
La FRC recommande donc d’obtenir un devis écrit et détaillé et de clarifier les points obscurs avant acceptation. Fédération romande des consommateurs
Le Code des obligations prévoit également des règles lorsqu’un devis approximatif est dépassé dans une mesure excessive. Fedlex
Pour un chantier important, les conditions de prix doivent donc être comprises avant de signer.
Ne pas confondre travaux prévus et travaux supplémentaires
Une rénovation peut révéler des problèmes qui n’étaient pas visibles au moment du devis.
Par exemple :
- support de parquet dégradé ;
- canalisation à remplacer ;
- mur très irrégulier ;
- ancien câblage ;
- fuite cachée.
Dans cette situation, un travail supplémentaire peut être légitime.
Le problème apparaît lorsque le client le découvre uniquement sur la facture finale.
Une bonne organisation consiste à demander que les travaux supplémentaires soient :
- signalés ;
- expliqués ;
- chiffrés ;
- acceptés avant réalisation.
La FRC recommande également de garder une trace écrite des démarches et rappelle que les dépassements de devis doivent être traités avec attention. Fédération romande des consommateurs
Exemple concret : deux devis de peinture
Prenons un appartement dont les murs doivent être entièrement repeints.
Le premier devis indique :
Peinture appartement : 9’500 CHF.
Le second indique :
- protection des sols ;
- rebouchage des fissures ;
- enduit partiel ;
- ponçage ;
- impression ;
- deux couches ;
- peinture des plafonds ;
- nettoyage final.
Total : 12’200 CHF.
À première vue, le premier est moins cher de 2’700 CHF.
Mais il est impossible de savoir s’il comprend les mêmes prestations.
Il faut donc demander :
- les plafonds sont-ils compris ?
- les fissures sont-elles reprises ?
- l’enduit est-il inclus ?
- combien de couches ?
- qui protège les sols ?
- qui nettoie après travaux ?
Une fois ces réponses obtenues, les deux devis deviennent comparables.
Exemple : deux devis de salle de bain
Le premier devis prévoit :
- dépose ;
- nouvelle douche ;
- lavabo ;
- WC ;
- carrelage.
Le second prévoit en plus :
- évacuation des déchets ;
- modification des réseaux ;
- étanchéité ;
- préparation des supports ;
- électricité ;
- peinture ;
- joints ;
- nettoyage.
Le second sera probablement plus cher.
Mais son prix supérieur ne signifie pas qu’il soit moins compétitif.
Il peut simplement comprendre davantage de choses.
Comparer aussi les délais
Le prix n’est pas le seul critère.
Deux entreprises peuvent proposer exactement le même montant avec des délais totalement différents.
Il faut vérifier :
- date de démarrage ;
- durée estimée ;
- interruptions éventuelles ;
- disponibilité des matériaux ;
- coordination des métiers.
Une offre légèrement plus chère peut être plus intéressante si elle permet de réaliser l’ensemble du chantier dans un délai mieux maîtrisé.
À l’inverse, il faut rester prudent face à un délai particulièrement court qui semble incompatible avec la quantité de travaux.
Identifier qui coordonne le chantier
Lorsque plusieurs corps de métier interviennent, demandez clairement qui organise :
- plombier ;
- électricien ;
- peintre ;
- carreleur ;
- parqueteur ;
- menuisier.
Dans une offre, la coordination peut être comprise.
Dans une autre, le client doit lui-même appeler chaque artisan.
Le prix ne correspond alors pas au même service.
Pour quelqu’un qui dispose du temps et des connaissances nécessaires, gérer les entreprises séparément peut fonctionner.
Pour un autre propriétaire, la coordination représente une vraie prestation.
Demander les modalités de paiement
Deux devis peuvent également prévoir des conditions très différentes.
Vérifiez :
- acompte initial ;
- paiements intermédiaires ;
- solde ;
- moment de facturation des matériaux ;
- traitement des suppléments.
Il faut comprendre le calendrier financier avant de signer.
Un gros chantier implique parfois plusieurs paiements correspondant à l’avancement réel des travaux.
Ne pas choisir automatiquement le moins cher
Le devis le moins cher peut être le meilleur.
Mais il peut aussi être incomplet.
La bonne question n’est donc pas :
Quel devis coûte le moins cher ?
Mais :
Quel devis offre le meilleur rapport entre prestations, qualité prévue, organisation, garanties et prix ?
Une différence de 5 % peut être totalement justifiée si l’une des entreprises comprend davantage de préparation ou de coordination.
Une différence de 30 % mérite en revanche une analyse précise.
Ne pas choisir automatiquement le plus cher non plus
Un prix élevé ne garantit pas automatiquement un meilleur travail.
Il faut appliquer exactement la même méthode.
Demandez pourquoi l’offre est plus chère.
Peut-être comprend-elle :
- plus de prestations ;
- de meilleurs matériaux ;
- davantage de préparation ;
- davantage de coordination.
Mais si aucune différence concrète n’apparaît, il est légitime de demander une explication.
Les dix questions à poser avant de choisir
Avant de signer, posez au minimum ces questions :
1. Le prix comprend-il toutes les fournitures ?
2. La TVA est-elle incluse ?
3. Les protections sont-elles comprises ?
4. L’évacuation des déchets est-elle comprise ?
5. Quels travaux sont explicitement exclus ?
6. Que se passe-t-il si un problème est découvert après démolition ?
7. Comment seront validés les travaux supplémentaires ?
8. Qui coordonne les différents artisans ?
9. Quel est le délai prévu ?
10. Quel est le calendrier de paiement ?
Si ces dix points sont clairs, une grande partie des ambiguïtés disparaît déjà.
Une méthode simple pour comparer sans tableau
Prenez les deux devis et utilisez un surligneur.
Dans le premier, marquez :
- tout ce qui est clairement compris ;
- tout ce qui est exclu ;
- tout ce qui reste vague.
Faites exactement la même chose avec le second.
Ensuite, faites une liste des différences.
Par exemple :
Devis A comprend :
- peinture ;
- sol ;
- cuisine ;
- évacuation.
Mais ne comprend pas :
- préparation importante des murs ;
- fourniture du parquet ;
- parking.
Devis B comprend :
- peinture avec préparation ;
- parquet fourni et posé ;
- évacuation ;
- nettoyage.
La différence de prix devient immédiatement beaucoup plus facile à comprendre.
Le devis le plus détaillé est-il forcément meilleur ?
Pas automatiquement.
Mais un devis détaillé réduit les malentendus.
La Fédération romande des consommateurs souligne d’ailleurs qu’un devis détaillé apporte davantage de transparence et limite les possibilités de divergence sur ce qui était prévu. Fédération romande des consommateurs
Le niveau de détail est donc un bon indicateur de préparation.
Il ne remplace évidemment pas la compétence technique de l’entreprise.
Quand faut-il demander un devis corrigé ?
Il vaut mieux demander une nouvelle version avant de signer si :
- une prestation discutée oralement n’apparaît pas ;
- une quantité semble incorrecte ;
- la TVA n’est pas claire ;
- une fourniture importante manque ;
- le calendrier de paiement n’est pas indiqué ;
- une exclusion est ambiguë.
Un devis corrigé évite de devoir prouver plusieurs mois plus tard ce qui avait été convenu verbalement.
En résumé
Comparer deux devis de rénovation ne consiste pas à regarder deux totaux.
Il faut comparer :
- le même périmètre ;
- les mêmes quantités ;
- le même niveau de préparation ;
- les mêmes fournitures ;
- les mêmes finitions ;
- les mêmes conditions de paiement ;
- les mêmes responsabilités.
Les exclusions doivent être identifiées et les travaux supplémentaires doivent être encadrés avant le début du chantier.
Le devis le plus intéressant est celui qui permet de comprendre clairement ce qui sera réalisé, avec quels matériaux, dans quelles conditions et pour quel prix.
Un devis moins cher peut être une excellente affaire.
Mais uniquement s’il est réellement comparable aux autres.
Sources
Code des obligations suisse — contrat d’entreprise : dispositions relatives notamment au dépassement excessif d’un devis approximatif. Fedlex
Fédération romande des consommateurs — devis : recommandations concernant les devis écrits, le détail des prestations, les prix forfaitaires et approximatifs ainsi que les dépassements. Fédération romande des consommateurs
Administration fédérale des contributions — TVA : taux normal actuellement en vigueur en Suisse de 8,1 %. Estv
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